11.03.2011

7 - Retour par l'Italie

Comment dire notre état de ‘stupéfaction’ en arrivant en Sicile ? Cela faisait six semaines que nous avions fini par ‘entrer’ dans un voyage pas évident dès le départ : un peu éprouvant en Tunisie avec la traversée de la révolution, guère reposant en Libye avec tous ses kilomètres, tout à fait frustrant en Egypte, bloqués huit jours à une journée de route du tant attendu séjour alexandrin, notre marathon de retour en Europe avait achevé de nous épuiser tant physiquement que mentalement. Après récupération à Palerme, il restait à reconstruire un nouveau voyage toujours axé sur le tour de la Méditerranée. De Tripoli déjà, nous avions fait livrer par Amazon, chez une adorable tante Adèle, palermitaine de 92 ans, les cartes et guides manquant à notre collection pourtant déjà trop volumineuse, afin de rejoindre l’itinéraire prévu initialement : Sicile d’abord bien sûr, puis Calabre et Pouilles pour l’Italie du Sud, pour rejoindre la Grèce.
Mais ce n’est pas si facile de changer de programme ! L’aventure redevenait strictement européenne ; nous redevenions quelque part de simples touristes, les yeux et le cœur toujours braqués sur les développements des révolutions dans les trois pays arabes que nous venions de découvrir, avec un fort goût d’inachevé.
Bien sûr, nous pouvions toujours rêver au déclenchement d’évènements aussi palpitants en Italie ! Dès notre arrivée, la question des réfugiés des révolutions tunisienne et libyenne faisait d’ailleurs les manchettes des journaux : il nous a fallu plus d’une heure, sur le ferry de Tunis, et malgré notre passeport français, pour passer le contrôle de douaniers sourcilleux ! Le lendemain, sur la grande via Maqueda, quelques milliers de maghrébins manifestaient pour leurs frères algériens, tunisiens et marocains aux cris de « Allah Akbar ! », longeant les affiches qui appelaient M. Berlusconi à démissionner pour machisme excessif. Mais notre intérêt pour la Sicile se focalisait plutôt vers ses trésors arabo-normands !
La Sicile, c’est déjà et surtout l’Europe ! Même si on y mange avec ses doigts comme au Maghreb, que les rues y sont aussi sales et que l’essence y coûte quinze fois plus cher qu’en Libye, nous avons redécouvert des aspects déjà oubliés de notre civilisation : on n’y boit pas le coca à même la canette mais avec un gobelet plastique, les draps y sont généralement propres, la douche y est souvent chaude et avec de la pression, les toilettes sont équipées de papier hygiénique au lieu d’un robinet, les voitures s’arrêtent pour laisser passer les piétons, et les carillons remplacent les hauts parleurs lorsque c’est l’heure de la prière.
Après avoir parcouru la côte nord de la Sicile, et fait une escale à l’inévitable Taormina, les nouvelles de la Maman de Véronique sont devenues tout à fait alarmantes, nous décidant à renoncer à pousser plus loin vers l’Est, et à remonter par petites étapes vers la France.
Dès le passage du détroit de Messine et la Calabre, il devint évident que l’hiver était encore là : la neige couvrait tous les sommets, les stations services continuaient à vendre des chaînes, aucun bourgeon n’était apparu sur les arbres, et la température perdait encore plusieurs degrés. Pluie pour visiter Paestum et Herculanum, sommets couronnés de neige autour d’Assise, nous aurions dû mieux prévoir cet aspect de la question.
C’est sur l’autoroute entre Assise et Ravenne (200 km) que nous avons vécu notre plus mémorable journée de motards : il y a un petit col autour de 900 mètres, vers lequel l’autoroute se dirigeait en serpentant entre des collines de plus en plus enneigées ; il se mit d’abord à tomber un petit grésil glacé dans une forte bise du nord ; puis de la neige vint s’accumuler sous les glissières de sécurité, puis sur la voie de gauche, puis entre les roues de notre voie de droite. Je suis de plus en plus inquiet car Véronique m’a toujours averti, avec sagesse, que jamais, au grand jamais, elle ne pourrait rouler à moto sur la neige, et que là, malheureusement, elle en fait manifestement l’éprouvante expérience ! Mais que faire d’autre que de continuer ? Soulagé de passer les tunnels marquant le col en me disant qu’en redescendant, la neige qui tombait dru et collait sur nos visières et pare-brises allait rapidement se transformer en pluie… Mais pas du tout ; plus nous redescendions vers la plaine du Pô, plus la neige tombait dru ; les stations services où nous aurions pu penser aller chercher un refuge étaient recouvertes de 30cm de neige fraîche labourée par les semi remorques, et le plus praticable semblait encore l’autoroute, de plus en plus enneigée, mais qui nous rapprochait au moins de notre hôtel à Ravenne. A Cesena, 30 km avant l’arrivée, je m’arrête sur une bretelle enneigée pour expliquer la situation à Véronique ; elle finit par s’arrêter 10 mètres plus loin dans un paquet de neige … et d’imprécations mêlées de larmes, dont sort sa première question, logique : « quand est-ce qu’on redescend de ces montagnes ? » - « Mais nous sommes dans la plaine ! Ravenne est aussi sous 30 cm de neige ! ». Après un petit cigarillo mouillé, les bottes dans la neige, éclaboussés par les semi remorques qui continuent à débouler au ras de nos motos, nous reprenons courageusement nos guidons ; très vite, ‘heureusement’, une pluie diluvienne remplace la neige, nettoie nos pare-brises et inonde la route : les deux jours passés à Ravenne n’auront pas servi qu’à admirer les fresques !

Après une dernière étape italienne aux « Cinque Terre » (cf. photos), puis Menton hier, Marseille, Ruoms demain et Fontaines en Mercurey samedi, nous devrions arriver directement, et nous retrouver, pour ceux qui le peuvent, tout crottés de la pluie annoncée, pour un chocolat chaud

Au café « LA MER A BOIRE »,
1, rue des Envierges, 75020 PARIS
dimanche prochain 13 mars, à partir de 15 heures


7 - Retour par l'Italie...

17.02.2011

6 – Demi tour !

Je sais d’expérience qu’il lui en faut beaucoup pour renoncer à ce qu’il a décidé, mais là, pour une fois, il a calé : 2011 n’est décidément pas la bonne année pour tenter le tour de « La Méditerranée par l’Est » ; vous aurez d’ailleurs remarqué que, dans sa première note du 14 décembre, il avait eu la prudence de mettre un point d’interrogation à son titre !
Je dois avouer que ce qui est arrivé en Tunisie, puis en Egypte, était quand même difficile à prévoir… Même en Egypte, ce qui me faisait peur avant de partir, c’est que Philippe avait trouvé plein d’adresses auprès des communautés coptes du wadi Natrum, du Caire, de Mahalla el Koubra et d’Alexandrie, et que le jour même où nous embarquions sur le ferry de Tunis, le 1er janvier, une voiture piégée explosait devant la grande église des Coptes d’Alexandrie (21 morts) ; impossible de lui faire comprendre que je n’avais plus du tout envie de rencontrer des Coptes d’Egypte ! Eh bien non, là encore, ce n’est pas ce risque d’explosion qui nous a bloqués !
Il est vrai aussi qu’il avait tout bien préparé des (amis d’) amis à Tunis, Tripoli, Alexandrie, Le Caire, Amman, Beyrouth ; les carnets de passage en douane ; les cours d’égyptien ; les motos ; les visas, notamment pour la Libye, etc… et que cette préparation nous a permis d’être bien informés, de prendre les bonnes décisions, et de revenir rapidement sans trop de difficultés. Mais vous savez combien il y a de kilomètres entre Marsa Matrouh et Tunis ? 2.499 exactement ; au plus court ; et vous savez en combien de temps il me les a fait faire, à moi qui m’endors au guidon au bout de 150 à 200km ? Du samedi matin 5 février au samedi soir 12 février, cela fait 8 (huit) jours, deux frontières, dix sept barrages de policiers ou militaires, et deux journées de plus de 500km chacune, toutes de routes africaines où l’on conduit « comme dans un jeu vidéo » ; et encore, nous nous sommes reposés une journée complète chez Virginie et Nicolas à Tripoli (un vrai bonheur !) ; je ne sais toujours pas comment j’y suis arrivée ; lui non plus d’ailleurs, à voir son état de fatigue à l’arrivée, ici à Palerme (Sicile) ; lui qui m’avait expliqué qu’il voulait apprendre à voyager « lentement » !
J’étais un peu émue en partant de Marsa Matrouh ; un journaliste du Caire nous attendait devant l’hôtel pour prendre quelques photos pour illustrer l’interview que Philippe lui avait accordé la veille (cf. album de photos) ; puis, sur la route de Salloum, des tanks bloquaient la route en la prenant en enfilade avec leur canon, et les militaires paraissaient perplexes devant nos passeports ; pas d’essence dans les stations service, heureusement, on en avait juste assez pour arriver à la frontière. A Salloum, on retrouvait Mahmed, notre guide libyen, on échangeait nos plaques égyptiennes contre nos plaques libyennes, et on refaisait nos pleins à 0,12 € le litre.
Je n’étais pas ravie, vous l’imaginez, d’être à nouveau en Libye, cette fois sans même un prétexte touristique : peu de possibilités de « skyper » avec mes enfants, et encore, en étant écoutée… ou carrément coupée, laideur et saleté des villes, les draps (bout de chiffon) ayant déjà servis…. (je passe les détails)…. J’ai essayé, le soir, après les 400 km quotidiens de désert, en nous dérouillant les jambes, de faire des courses, mais, décidément, Philippe ne voulait pas de chemise de nuit (rien acheter, il n’y a pas de place dans les valises !) ; j’ai juste trouvé deux tarbouches (le noir se porte en Cyrénaïque, le rouge en Tripolitaine) pour mes prochaines tenues de mariage, et des pantalons pour Mahmed ! Partout, il y avait de grandes affiches avec « 41 » : ce n’était pas une publicité pour une boisson (il paraît que c’est plutôt « 51 » chez nous ?), mais… Kadhafi qui se vante d’être au pouvoir depuis 41 ans, authentique ! Ben Ali et Moubarak enfoncés !
Après des journées entières de kilomètres de routes toutes droites dans le désert, on apprend à regarder surtout le ciel, qui a parfois quelques nuages, ici, en février (on a même eu 24 h de pluie autour de Tobruk, on en ressort couverts de boue….), avec des lumières que j’aurais bien voulu tenter de retrouver un jour dans mes aquarelles ; voilà à quoi je pense tout en slalomant à l’instinct en surveillant les fous dans mes rétros !
A l’entrée en Tunisie, tout était apparemment beaucoup plus calme que quatre semaines plus tôt. Sauf que notre hôtel à La Goulette, à côté du quai où Philippe pensait trouver un ferry pour la Sicile le lendemain, était juste à côté d’une « Garde Nationale ». Et que ces gens ont des fusils à lunettes qui ont servi à exploser la tête des pillards le mois dernier. Et que la jeunesse casse leurs bureaux au rythme de deux à trois par semaine. Et qu’en entrant dans l’hôtel avec nos valises, à la réception, il y avait là une ½ douzaine de battle dresses avec fusils à lunettes, tout excités : Philippe m’a ensuite fait prendre le café (au café Toulouse !) dans les terrasses en bord de mer juste au milieu de petits groupes de jeunes tout excités eux aussi…
La traversée en ferry de Tunis à Palerme, au milieu des centaines de barques de réfugiés tunisiens, nous faisait passer dans un autre monde… plus calme ?
A bientôt avec vos commentaires sur le blog ! Et bonne lecture !

6 - Demi tour !

04.02.2011

5 –A Marsa Matrouh (Egypte) ? !

J’aurais bien voulu intituler cette note « En Egypte », mais comme nous n’avons pas pu dépasser la ‘ville’ de Marsa Matrouh, 230 km de pur et strict désert après la frontière libyenne, j’ai préféré réserver le titre « En Egypte » pour la note d’un prochain voyage, à réaliser dès que possible !
C’est un peu comme il y a deux ans, notre arrêt forcé à Vittoria, au Pays Basque, pour cause d’abondantes chutes de neige dans tout le nord de l’Espagne, qui avait mis fin de fait à notre marche vers St Jacques : après un temps de stupeur de se voir arrêté en plein élan, puis de jubilation à découvrir un espace d’oisiveté, de temps libre et de repos forcé, la frustration monte peu à peu de ne pas pouvoir réaliser nos projets. Et puis, peu à peu, à force d’attendre, d’espérer, d’écouter, de tenter de comprendre ce qui se passe au Caire et Alexandrie, on laisse venir confiance, harmonie… et nous trouvons à nous occuper intelligemment !
C’est aujourd’hui le 8ème jour que nous sommes ici. Par chance, comme nous vous l’avons dit dans la note précédente, l’hôtel est probablement le meilleur que nous ayons eu depuis Tunis il y a plus d’un mois, et pas loin d’être le moins cher… La chambre capte le wifi de la réception (sauf pendant les 5 interminables jours où l’Egypte à suspendu tout service Internet…), le sable fin de la plage est à 30m, les bleus outremer, cyan et émeraude de la Méditerranée sont à 50m, au fond d’une baie protégée par une passe, là bas, au loin, où l’on voit quelques vagues déferler sur la barre ; à la tombée de la nuit, si l’on y prête attention, retentit l’appel à la prière, pas trop violent, nous sommes en zone hautement touristique, même si nous sommes depuis une semaine les seuls clients de l’hôtel ; la nuit, il y a d’un côté les lumières de la Corniche, de l’autre les feux rouge et vert indiquant aux deux garde côtes qui patrouillent ici le cheminement pour gagner la lagune, derrière nous.
Pour être honnête, une révolution en direct, c’est un peu fastidieux ; de France, vous avez un résumé, en images, des évènements du jour en quelques minutes ; ici, nous passons des heures sur CNN, rythmées par les deux journaux télévisés quotidiens de TV5Monde.
On comprend qu’au moins une partie des Frères Musulmans ne sont pas, en Egypte, si extrémistes qu’on a voulu nous le faire croire ; que ce ne sont de toutes façons pas eux qui ont lancé le mouvement, mais la classe moyenne, étudiante, des professions libérales et intermédiaires, des fonctionnaires et de ceux qui vivent du tourisme ; que la grande bourgeoisie d’affaires – à l’instar du propriétaire de l’hôtel Beausite où nous sommes, parfaitement francophone – s’était parfaitement intégrée au régime, et qu’elle estime avoir tout à perdre à de profonds changements d’une société très inégalitaire. On découvre ensuite que le régime navigue à vue, ne reculant devant aucun moyen pour neutraliser le mouvement de contestation : dans un même élan, il fait disparaître soudain toutes les forces de police, ferme les sites touristiques, et permet l’évasion de milliers de prisonniers de droit commun, provoquant des pillages, l’insécurité… en espérant sans doute apparaître ensuite comme le restaurateur de l’ordre. Du coup, « politique du pire », les touristes et familles d’expatriés fuient le pays dans la pagaille, des milices d’autodéfense privées contrôlent les routes et quadrillent les quartiers, dangereusement armées de bric et broc, les stations d’essence et les distributeurs de billets sont vides. La réplique du régime continue dans la même voie : les médias étrangers sont passés à tabac, des contre manifestants viennent donner coups de pierre et poings aux contestataires, et il apparaît bientôt qu’ils sont en majorité des policiers en civil ou des mercenaires de la rue.
Ici, à Marsa Matrouh, le centre ville est quadrillé par l’armée à l’aide de tanks et automitrailleuses, dont deux sont affectées à la protection de notre hôtel ; deux chasseurs ont survolé la ville, et deux garde côtes patrouillent au large du quartier « chaud ». Les quelques contacts que nous avons noués tant au Caire (merci Henri et Florence !) qu’à Alexandrie (merci Hervé et Denys ! Hervé Laroche a changé l’opinion que j’avais des consuls en période de crise !) nous engagent tous à rester à Marsa Matrouh, puis, quelques jours plus tard, à faire demi tour. Nous avons donc redemandé mercredi 2 notre visa pour la Libye, l’avons reçu le jeudi 3 par email (merci M. Mustafa Shibani !), et notre réceptif Mohmed nous attend à la frontière demain samedi 5 à 16 h (Mohmed aura fait les 1400km en 30 heures…).
La suite du programme est encore incertaine, mais toutes les options, pour l’instant, nous retrouvent à Tripoli la semaine prochaine et à Tunis avant la fin du mois, éventuellement après une semaine de vacances dans l’Akakous (après avoir laissé les motos à Tripoli, gravures rupestres dans l’extrême sud ouest de la Libye), soit après trois jours à marche forcée à travers la Tunisie, soit par un navire « RORO » (« roll in, roll out » = cargo avec porte pour les véhicules) direct Tripoli/Tunis, puis un ferry vers la Sicile. Nos regards se portent ensuite à nouveau, vous vous en êtes doutés, vers l’Est : la Calabre et les Pouilles que nous n’avions pas pris le temps de visiter l’année dernière ; Ithaque, bien sûr, après avoir croisé la grotte de la Calypso à Tanger et les Lotophages à Djerba ! Peut-être l’Eubée pour faire un coucou à Patrick et Marie-Pierre, puis la Crète, comme prévu initialement à la mi-Avril ! Que MM Berlusconi et Papandréou prennent garde !

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5 - A Marsa Matrouh (Egypte)

09.01.2011

2 – La mise en mode « voyage » en Tunisie

Qu’il est difficile de passer du mode « sédentaire » au mode « voyage ! La Tunisie s’est mise en quatre pour nous faciliter cette mue, pas encore bien cicatrisée.
Mon niveau de stress dans les trois semaines précédant notre départ a atteint un niveau que je n’avais pas connu depuis quinze ans, à la veille de mes examens pour devenir avocat, ou lors de mes premières plaidoiries délicates. Nuits d’insomnies à tourner et retourner dans la tête ce qu’on a pu oublier (du genre : mon passeport …) en même temps que toutes les catastrophes susceptibles de nous arriver dans ces pays réputés difficiles. Il a atteint son pic le matin du départ, une heure avant le rendez-vous du départ au « Vieux Belleville », en face de « La Mer à Boire », fermé pour cause de fêtes : une des valises de Véronique s’est cassée pendant son stockage, et ne peut être fixée sur la moto sans un bricolage à inventer tout de suite ; Véronique trouvera la solution… après nos adieux aux copains venus nous souhaiter bonne chance. Le lendemain matin, alors que nos motos voyagent toutes seules sur le train, le métro à 6h30 pour la Gare de Lyon est d’un glauque achevé, dans nos tenues de motards alourdies de ce qui ne tient pas dans les valises. Un Marseille sans soleil nous accueille, avec 10° de plus qu’à Paris, pour 48 heures passées entre nos amis Deschamps, la visite du Panier et du Vieux Port, ainsi qu’un dîner « du 31 », avec deux clients de notre hôtel autour du ‘meilleur couscous’ de la ville : dépaysement garanti, déjà ! C’est le lendemain matin, au PDDM – notre ferry part dans deux heures – que nous apprenons l’attentat d’Alexandrie… ambiance !
Sur le bateau « Méditerranée » (cela ne s’invente pas !) de la SNCM, alors même qu’il fait grand beau et que la mer est calme pour les 22 heures de traversée pour Tunis, prend tout son sens le mot « partir ». L’année dernière, il nous avait fallu 10 jours et 2.000 km pour quitter la France et nous habituer au mode « voyage » ; là, nous n’avions pas 20 km au compteur, et nous étions dans notre petite cabine, entourés de nos quelques affaires, soudain désœuvrés ; dépouillés ; cherchant à nous rendre disponibles au seul « présent » ; à ne pas nous laisser envahir par le souvenir de ceux qu’on laisse, par celui d’Yves et de Betty notamment, dont les infirmités précisément les forcent à vivre, eux aussi, pour autant que nous sachions, sans passé ni mémoire, sans projection dans le futur, dans le seul présent…. une façon de nous en sentir plus proches ? Partir, c’est vivre non pas sans passé, mais en distance avec lui : le présent qu’on laisse devient un passé distant ; vivre au présent, vivre en nomade, c’est ne pas se laisser envahir par la peur de ce qui va nous arriver et qu’on ne connaît pas ; c’est détricoter les passé/présent/avenir de notre vie sédentaire pour faire confiance au seul présent.
Paolo a démarré il y a deux ans une usine de mozzarella à Beni Khiar, ainsi qu’une autre de médicaments génériques, sans parler d’exportation d’huile d’olive vers la Chine ; il habite une villa à Nabeul (l’ancienne Neapolis des romains), à 70 km au sud de La Goulette, à côté d’Hammamet ; il nous accueille chaleureusement avec Chantal, ma cousine, que je n’ai pas vue depuis 15 ans, de quoi papoter pendant trois jours de la Tunisie comme de nos expatriations passées ! Une belle preuve du dynamisme industriel de la Tunisie, avant un petit couplet « pèlerinage » !
Mehdi Mrabet est directeur commercial du domaine viticole de Sidi Salem, aujourd’hui « Neferis », à quelques kilomètres de Grombalia, dans le Jebel Ressas ; associé avec des Siciliens, le domaine exporte 70% de sa production. Les grands parents de notre ami Christian de Rozières l’ont exploité jusqu’à l’Indépendance, et Mehdi cherchait à en reconstituer l’histoire, entre solidarités paternalistes et suspicion d’appartenance à la « Main Rouge », organisation terroriste de colons. La maison, aujourd’hui en ruines, où Christian à grandi ne se trouve qu’à quelques kilomètres ; elle est occupée par Dagbaji Hajili, célibataire, gardien de poules avec ses chiens : seule la vue éblouissante n’a pas changé !
Neuf mois après avoir visité Barcelone, qui tire son nom de la famille carthaginoise « Barca » (Hannibal, Hasdrubal, …), il était très émouvant de se trouver au cœur de l’empire punique ; s’il ne reste pas grand-chose de Carthage, la ville de Kerkouane en revanche, au Nord du cap Bon, donne une idée de la douceur de vivre ici deux siècles avant JC. Les Romains quant à eux ont notamment laissé la ville de Dougga, d’un état exceptionnel dans la campagne verdoyante de la haute Mejerda, suffisamment loin de la côte (100 km de Tunis) pour que ses pierres n’en aient pas été pillées. Il faut dire que la position géographique de la Tunisie est incomparable. A la charnière des deux bassins méditerranéens, comme la Sicile, elle en a connu un peu les mêmes vicissitudes, des conquêtes byzantines, goths, arabes et ottomanes, en passant par la guerre de « course » (Barberousse) et les croisades (St Louis y est décédé), et chaque envahisseur y a laissé de nombreuses traces visibles tant sur les sites qu’au musée du Bardo, malheureusement fermé à 80% suite à des travaux d’agrandissement.
L’incontournable visite au village de Sidi Bou Saïd, le St Tropez local, le tour dans la médina et sa moquée Zitouna (VIIIème siècle), où enseigna Ibn Khaldoun (XVIème), les cafés déjà très « turcs » au Grand Café du Théatre se sont déroulés sous une météo obstinément printanière, qui nous change de l'année dernière !
Demain, nous filons vers le Sud, Sousse, Kairouan, Sfax, Djerba, en passant récupérer chez Paolo la pièce pour réparer la valise de Véronique. Sauf imprévu de dernière minute, nous devrions entrer en Libye dimanche prochain, pays sans apparemment de grandes facilités avec l’Internet : notre prochaine mise à jour du blog devra probablement attendre notre arrivée à Alexandrie, fin janvier.
D’ici là, continuez à nous abreuver de nouvelles de France ; s’il ne nous est pas forcément facile de mettre en ligne une mise à jour, nous pouvons malgré tout récupérer vos emails et commentaires sur le blog, qui nous sont précieux pour le moral !

En cliquant sur la photo ci-dessous, vous accédez à l'Album de Photo "2 - Beau temps en Tunisie" sous PICASA (vous pouvez également y accéder, mais sous "blogs-de-voyage", en cliquant sur la même photo plus haut à droite de l'écran) :

2 - Beau temps en Tunisie


25.12.2010

1 - La Méditerranée par l’Est ?

Cela fait si longtemps que nous y pensons, et que nous nous y préparons, à ce voyage ! Faire le tour de la Méditerranée est un vieux rêve de routard, qui répond sans doute à notre fond de culture gréco-romaine sur lequel est venu se greffer notre histoire chrétienne ; inconsciemment, nous sentons que nos racines européennes sont quelque part au bord de ce bassin à l’histoire tumultueuse, géographiquement tout proche (Antioche est moins loin de Paris que le Cap Nord). La géométrie et l’algèbre comme la philosophie, Platon comme Jésus, St Paul comme les empereurs Titus et Constantin ou la plupart des « pères de l’Eglise », … sont tous nés aux bords de la Méditerranée. Les Arabes sont venus jusqu’à Poitiers, les Croisés jusqu’à Jérusalem, les Turcs jusqu’à Vienne… et, aujourd’hui, l’Union Européenne s’étend jusqu’à l’île de Chypre, dont les côtes sont à moins de 300 km du Liban ou de la Syrie ; et tant de Turcs, d’Arméniens, de Maghrébins, de Libanais vivent chez nous en Europe avec leur cuisine ensoleillée que l’on regrette quelque part qu’il ne soit pas aussi facile de s’y rendre par la route que d’aller dans n’importe quel autre pays de l’Union Européenne.
Mais ce « tour par l’Est » est-il seulement possible ? Parce que ce voyage par la route, et avec des motos, n’est pas facile à réaliser. L’année dernière, l’Algérie s’était posée en obstacle infranchissable malgré plusieurs mois de recherches et contacts infructueux, et nous n’avions parcouru que trois pays différents. Cette année, nous partons avec de nombreux points d’interrogation, notamment du côté du « Proche Orient », compte tenu du nombre des frontières à franchir et des conditions pour le faire, fluctuantes, voire arbitraires ou pas faciles à mettre à jour avant notre départ. Faire le tour de cette Méditerranée par l’Est est donc un voyage d’une autre dimension que celui de l’année dernière ; dans notre projet de nous donner dix années pour faire le tour du monde avec nos motos, en partant chaque année quelques mois, nous avions décidé d’entreprendre ce voyage, pourtant pas le plus lointain, mais quelque part « mythique », au moins pour nous, avec une forme physique et mentale pas encore trop émoussée par l’âge. C’est là bas qu’il nous fallait maintenant tenter d’aller.
Aller poser les roues de nos motos sur ces routes historiques, dans les rues de ces villes « orientales », autant chargées d’histoire séculaire que d’une actualité brûlante demande en effet non seulement un peu de temps - nous nous sommes donnés 5 mois pour parcourir une dizaine de pays différents –, un peu d’argent - il nous a fallu notamment verser 20K€ à l’Automobile Club pour l’émission d’un Carnet de Passage en Douane (l’Egypte réclame 250% de la valeur vénale de nos petites motos), somme à récupérer au retour des motos à Paris -, un peu d’expérience de « la route » - on verra bien si l’expérience de l’année dernière sera suffisante – mais aussi un bon mental, car l’environnement y est bien différent de celui du Maghreb ou même de celui des lointaines Amériques : outre le nombre des frontières, les régimes y sont pour la plupart autoritaires (mais cela peut avoir du bon !), les langues y sont peu pratiquées chez nous (l’égyptien n’a pas grand-chose à voir avec le marocain… quant au turc ou au grec…), et on y croise extrêmement peu de promeneurs par la route compte tenu de ces difficultés.
On a donc dû préparer le voyage et l’itinéraire un peu mieux que l’année dernière, même si tout est loin d’avoir été fixé ; dans les grandes lignes, sur les cinq mois, nous avons prévu de mettre un mois pour arriver en Egypte par la Tunisie et la Libye, de passer un mois en Egypte, puis six semaines au Proche Orient et six semaines entre la Turquie et la Grèce : environ 15.000km au total pour nos deux motos préparées par Profil Honda avec notamment kit chaînes, pneus et plaquettes neuves ; nous en avions parcouru 14.000 l’hiver dernier en restant trois mois au Maroc.
Cela fait déjà 8 mois que nous sommes rentrés de notre dernier périple (cf. lien ci-dessus, en haut à droite vers notre blog de l’hiver dernier : « Les Perrin Chapitre 2 autour de la Méditerranée occidentale »), avons bouclé de merveilleux albums de photos sur nos deux précédents voyages, et maintenant, à la veille de partir… voilà que la météo parisienne se met franchement à l’exécrable ! L’hiver ne date que de cette semaine, mais cela fait, hier, la sixième fois depuis un mois qu’il a tant neigé sur Paris que les rues en sont impraticables à motos ! Comment imaginer dans ces conditions de seulement rejoindre la Méditerranée au départ de Paris ? Nous n’avons plus l’âge de nous lancer sur nos motos pour traverser 800km d’air glacial… Nous nous sommes donc résolus à les mettre … toute fausse honte bue, sur le train de Paris à Marseille St Charles, d’où nous devrions plus facilement rejoindre un ferry pour Tunis.
Notre salon est parsemé de paquets pour la fête de Noël de ce soir, au milieu des valises et de leur contenu éparpillé tout autour dont on se demande comment elles vont pouvoir contenir tout ce barda. Une dernière vérification de la paperasserie, cette fois, j’ai mon passeport… ; nous emportons nos carnets de plongeurs pour la Mer Rouge…
Pour ceux qui le pourraient, nous irons poser nos motos à Paris Bercy le mercredi 29 décembre dans l’après midi, et prévoyons de déjeuner auparavant au café « La Mer à Boire », 1 rue des Envierges, 75020 PARIS : n’hésitez pas à venir nous rejoindre, même pour un café, entre 13 et 14 heures ! Avec plein de soleil dans les poches !

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1 - Paris sous la neige